Au détour d’une piste …

Depuis quelques temps, nous avions pris l’habitude de rouler sur du « Tarmac », qui pouvait être d’état très variable. Lorsqu’il est en bon état, la vitesse des usagers augmente et « paf, c’est bien souvent l’embardée ! ». Nous en avons subit les frais à deux reprises : le 1er avril dans un bananier (pour ceux qui se rappellent, avec l’histoire du 38 tonnes … 🙂 ) et plus tard, sur un dos d’âne non signalé où tous les enfants ont décollé dans la cellule et dont Hubert a mis plusieurs semaines à se remettre. C’est comme ça que nous avions décrit une route de Tanzanie où nous avions vu plus d’une dizaine de camions dans le fossé sur moins de 500 km !

Une fois la frontière avec la Zambie passée (deux heures de discussion pour économiser 10.000 Kwacha, à vous de découvrir la valeur de notre gain), nous décidons de rejoindre le parc national de South Luangwa, un must en Zambie. Bon, pour y aller, il a fallu prendre une piste pas trop mauvaise (au début) de quoi retrouver enfin des populations moins habituées aux Shoprite ou Nakumat (supermarchés sud africains qui fleurissent depuis Nairobi et où nous avons redécouvert une sorte d’abondance à l’occidentale). Six heures, 150km, pour reprendre l’habitude de piloter le camion entre les nombreux trous, de jouer au bon samaritain en sortant une voiture du fossé. On sait maintenant que notre brave camion (Un « IVECO MAGIRUS ! », comme diraient les enfants) est plus fort que deux bœufs (on ne sait pas combien de chevaux ça fait …).

Dans tous ces petits villages, on n’arrive même plus à trouver de carte de recharge pour le téléphone, mais tout de même un peu de nourriture : un chou, des tomates (une constante sur notre voyage), des haricots et des chenilles que Béné se fera un plaisir de nous griller pour l’apéro. Un vrai délice !

Arrivés à South Luangwa, les Chamaco’s , nos petits suisses et deux couples d’allemands nous attendent sur le bord du Luangwa, rivière peuplée de crocos, hippos et babouins. Le soir, les hippos et éléphants se promènent, parait-il, généralement autour des véhicules … on n’a pas dormi de la nuit … tout entendu, mais rien vu du tout ! Chouette destination après une journée de piste éprouvante … y a même la piscine (le fleuve étant déconseillé pour la baignade).

Lendemain et surlendemain, visite du parc avec ses éléphants, crocodiles, hippopotames, varans, cobes, zèbres, gazelles, girafes, babouins, phacochères, mais toujours pas de félins (difficiles à voir ceux là en Afrique!!!).  Nous avons néanmoins pu perfectionner notre conduite sur piste, marécages asséchés, marche arrières dans les feuillus et pistes trop étroites :  un vrai sentiment de liberté dans ces grands espaces.

 

De South Luangwa, en direction de Lusaka, deux options s’offrent à nous : reprendre la piste (150km, 6 heures) et ensuite la nationale (170km) en destination de Lusaka via Petauké ou prendre une autre piste menant directement à Petauké (177km) et longeant le parc national sur pas loin de 80km. Les infos sur cette piste : 10 heures, pas facile, « serré » sur les 100 premiers km, ensuite : « ça va ». Info donnée par SMS à nos petits suisses par les allemands qui ont effectué le parcours deux jours avant. On sent que ça ne va pas être facile, mais longer le parc sur 80 km nous tente et puis … on sait que c’est faisable. Conseil de famille, que faisons-nous ? Nous sommes tous un peu en manque d’aventure et on décide d’une seule voix de prendre la piste (parcours en solitaire, sans assistance, mais sachant tout de même que Fränzi et Gerry l’emprunteront un peu après nous).

La piste, nous la prenons, après 15km, on appelle Fränzi et lui annonçons fièrement, pas difficile, paysages magnifiques et en plus, on voit plein d’animaux. La piste est un peu technique, nombreux franchissements de rivières (tous secs).  Il n’y a plus aucun pont debout (ça doit être terrible en saison des pluies, mais pour le moment, c’est la saison sèche. Un vrai régal donc !). C’est alors que les communications GSM s’arrêteront (plus de réseau, mais bon normal quand on est au milieu de nulle part), que la piste deviendra plus « serrée », que les arbres deviennent trop bas. La progression à la machette s’impose : hé oui, en Land Rover, ça passe, mais en camion, c’est un peu plus difficile. Laurent s’arrête, part en éclaireur pour voir comment la suite se présente. Couper un arbre tous les 10 mètres sur les 80 km qu’il nous reste avant d’atteindre la partie « ça va » nous semblait mission légèrement éreintante. Heureusement, il n’y avait que 500 mètres à défricher et une rivière à passer avec deux angles droits à négocier. En passant la rivière lors du repérage, Laurent a juste fait fuir un varan, petite bête d’un peu plus d’un mètre, qui se reposait paisiblement (il a cru que c’était un croco, mais comme dit Béné et Hubert, ce n’est pas possible car les crocos ne vivent pas sans eau). Un peu plus loin, Hubert, Augustin et Guilhem se retrouvent face à des éléphants qui se baladent gentiment dans le lit d’une des nombreuses rivières asséchées.

C’est à ce moment que nous rencontrons pour la première fois un autre véhicule sur le parcours. On en profite pour demander à un blanc qui vit dans le coin depuis plus de 20 ans, comment se profile la suite de la piste en destination de Petauké. Il nous dit que ça va être de pire en pire et : « You’ll not made it ». Bon, on argumente en disant que deux autres véhicules l’ont empruntée il y a peu de temps. Il nous répond alors : « Ha bon, ça augmente un tout petit peu vos chances de réussite ». Nous voilà donc rassurés. Les km avancent, on arrive à un premier village. Nous nous arrêtons juste après pour passer la nuit. Nous avons déjà parcouru 40km en 6 heures. D’après les infos, il nous en reste 60 assez éprouvants. Infos que nous ne pourrons croiser car les rares véhicules que nous rencontrons n’ont pas encore fait la piste jusqu’au bout cette année …

Le lendemain, nous repartons confiants car nous avons entendu que chaque année, un camion (un truc encombrant comme notre IVECO Magirus) effectue le trajet suite à la récolte du coton (qui d’après nos observations arrive à maturité). Les 40 premiers km se passent sans trop de difficultés, avec leurs passages de rivière, arbres à couper, … on arrive à la fin du parc et là, une bifurcation : à droite la piste en cul de sac pour atteindre le bout du parc, à gauche celle vers Petauké. On pense que tout va s’arranger. Mais non, cata, c’est là que tout commence : la piste de Petauké est en fait composée de deux segments et d’une partie centrale peu fréquentée et pas fréquentée du tout en saison des pluies, partie sur laquelle nous venons d’arriver. L’herbe a envahi la piste, les parties les plus pentues (juste avant les franchissements de rivière) ont été transformées en rivière lors de la saison des pluies et ne sont plus vraiment carrossables. Résultat, beaucoup de stress, allons-nous devoir faire demi-tour après 12 heures de piste et si près du but ? Nous prenons notre courage à deux mains et remblayons les ornières trop profondes. Laurent fait évacuer le camion aux moments délicats, mais ça passe malgré les quelques frayeurs ! Cool ! La piste devient meilleure, elle a même été quelque peu rafistolée par les habitants pour le passage du fameux camion récoltant le coton, nous soufflons : « on va y arriver ! ». Rencontres avec des gens qui ne voient jamais la « civilisation », mais adorables et toujours prêts à rendre service. Ils montent sur le camion avec leur machette pour nous aider lorsque les arbres sont trop bas, cherchent des déviations à travers tout si vraiment le baobab ne peut être coupé, guident Laurent minutieusement sur les quelques ponts partiellement entiers … en fait des camions sur cette piste, ils n’en voient pas et le nôtre leur semble tout de même un peu lourd. Dernière frayeur : la piste se transforme en lac … allons nous nous enliser vu notre poids …, on ne voit pas la fin de l’eau, … non, ça passe.

Maintenant, que la piste semble acceptable, ce sont les arbres qui s’y mettent. On en a découvert de superbes sur lesquels pendent des espèces d’haricots à poils jaunes de 8 cm de long et 2 cm de diamètre. En fait, il ne faut surtout pas les toucher. En les touchant, même avec le camion (ce que nous ne pouvons éviter), une espèce de pollen est dégagée et nous donne de terribles démangeaisons. On se gratte, les enfants hurlent, se contorsionnent dans tous les sens … c’est vraiment terrible ! En plus, nous n’arrivions pas à identifier l’espèce responsable de nos malheurs.

Bon, on vous rassure, on y arrive au bout de cette piste… pour nous, il nous aura fallu 16 heures, pas toutes faciles, mais quel bonheur d’y arriver ! Gerry et Fränzi nous diront : quel dommage que nous ne l’ayons pas faite ensemble, on aurait pu faire de beaux films et de belles photos !

Nous sommes fiers d’avoir retrouvé ce que nous étions, peut être, venus chercher en Afrique : des gens, des pistes, des animaux, des paysages, … peut être encore préservés et en tout cas hors des sentiers battus. Nous y aurons laissé une vitre, le néon, beaucoup de sueur et les soudures de la cabine qui nous gênent depuis quelques temps … mais bon, le tout a été réparé en moins de deux jours tout en continuant notre belle aventure !

C’est à vivre !

P.S.1.  Heureux anniversaire à Eric

P.S.2. Nous vendons notre camion.  Libre à partir de fin juin en Afrique du Sud.  Faire offre. Pour nous contacter : rubrique « nous contacter« 

8 réflexions sur « Au détour d’une piste … »

  1. Eh bien ! pas mal d’activitées pour ce dernier article !
    j’adore la photo sur le tronc d’arbre.
    Merci pour avoir pensé à l’annif 😉

  2. Bonjour Bénédicte et Laurent, et tous vos enfants (trop long à écrire!),
    Il parait que vous êtes en Zambie. Cool les photos!!!
    Drôle de gros lézard dis donc cet iguane.
    Pauvre Hubert; grâce à toi je sais ce que c’est un œil au beurre noir.
    Et votre camion, il me semble qu’il en voit de toutes les couleurs.

    Bénédicte & Laurent vous me manquez.

    Jérôme Pirard

  3. Mais vous êtes complètement fêlés!… Comme dit Jean-Seb, l’avantage quand on lit vos aventures, c’est qu’on sait que cela s’est bien terminé puisque vous écrivez le récit… Et heureusement! Sinon, on ne donne pas cher de notre petit coeur qui doit pas mal s’accrocher en parcourant ces lignes… Et mon grand filleul, il a l’air pas mal arrangé dis donc! Ceci dit, vous devez en vivre des choses qui resteront à jamais gravées dans votre mémoire! La photo de vous 7 sur le tronc d’arbre est splendide! On a hâte de revoir votre petite bouille en vrai! Les enfants commencent à fort s’impatienter… Et à trouver le temps long sans les cousins…

    Sinon, chez nous, tout baigne! On profite de ce long we d’ascension qui s’annonce particulièrement ensoleillé et chaud pour passer d’un BBQ à l’autre… 😉

    Profitez encore un maximum de cette dernière ligne droite et n’oubliez pas de rester un minimum prudent! 😉

    Gros bisous de nous 5!

    Nathalie, Laurent, Héloïse, Maud et Julien

  4. Me fait ch…!

    La baby-sitter à oublié de venir et je suis coincée ici sans pouvoir aller au volley. Pour une fois que j’y allais avec plaisir sans Nicolas qui n’est pas encore rentré de France… Grumf.

    Que faire alors… Ah! Mais il y a les 7àvivre!…

    Génial, un nouvel article. Et quel article! Je suis là assise dans le noir (tellement prise en vous lisant que je n’ai pas encore eu le courage de me lever pour allumer la lumière et entre temps le jour baisse à vue d’œil) et comme les autres, j’étais accrochée aux nouvelles.

    Je suis trop nulle pour aller sur internet, mais j’attends avec impatience que Nicolas rentre parce que le cours du kwacha à l’air assez intéressant.
    Je n’y connais rien non plus en bourse (je ferais du coup mieux de me taire diront certains, mais je m’en fout) mais entre 15h, heure à laquelle « Jean-Seb » à écrit (il y en a qui n’ont décidément que ça à faire au boulot) et 21h45 pour IMNNGL (une autre qui préfère se brancher sur le blog le soir que de regarder la télévision) le cours du kwacha est passé de 1,43 à 1,46 euro.

    Pour ce qui est du concours lancé par Dimitri, j’opterais pour 2 vraies affirmations et une estimation de 28394 km; à la grosse louche évidemment.

    Donatienne

  5. Et bien mes cocos, va falloir ré-augmenter votre productivité lorsque vous serez de retour au bercail, sinon je ne donne pas cher de votre poste. Laurent, toi le roi de la tchatche, 1,46 euro/2 heures donc du 0,64 euro de l’heure… Je n’ajouterai aucun commentaire… juste un peu déçue… Mais bon, vous nous épatés tellement depuis 8 mois que ce détail (néanmoins hilarant vu de l’extérieur en tout cas) se perdra très vite dans la multitude d’infos qui auront enrichi ce bloc pendant tout ce voyage.

    « En manque d’aventure » vous disiez donc…
    Incroyable ce dernier récit! Vous le croirez ou non, mais je me suis surprise tendue au milieu de ma lecture comme lors d’un bon livre à suspens. Vont-ils y arriver?…
    Les choses se dégradant encore dans les lignes suivantes, je me suis dis:  » je n’aurais pourtant jamais cru qu’ils n’y arriveraient pas ». Et là-dessus, retournement de situation. Comme dans un film où le meilleur gagne toujours, les 7àvivre, à nouveau, sortent vainqueurs de la situation délicate, voir presque insurmontable dans laquelle ils s’étaient fourrés.

    Lorsque nous rentrerons en Belgique (j’ai failli effacer ce lapsus, mais après tout, ne sommes-nous pas partis un peu avec vous?…) et que vous nous inviterez chez vous, je ne serais pas surprise de vous voir commencer la culture de chenilles pour avoir le plaisir de nous recevoir avec l’une ou l’autre fricassée ou grillade de chenilles, histoire de prolonger le partage de ce voyage décidément aussi beau que riche en rencontres et intéressant.

    Que votre route soit belle et … dans les limites d’un minimum d’aventures nécessaire, sereine.

    IMNNGL

  6. Bon, je viens de lire cet article avec des frissons dans le dos. Au début, voici les réactions « à chaud », alors que j’étais pas encore à la moitié du récit:

    – « le 1er avril dans un bananier (pour ceux qui se rappellent, avec l’histoire du 38 tonnes…) »: ??? Hein? Ah oui, je me souviens, le fameux camion chargé de poissons!! 😉

    – « 10.000 Kwacha »: =1,43998 EUR sur Oanda Currency Converter. Donc deux heures de discussion pour 1 euro et 44 cents, ça fait quand même 72 cents par heure. On savait que « vous avez le temps » mais à ce point là…

    – « et des chenilles que Béné se fera un plaisir de nous griller pour l’apéro. Un vrai délice ! »: Sans blague!!! Dites, on est le 1er avril + 2 mois, quand même.

    – « le bord du Luangwa, rivière peuplée de crocos, hippos et babouins »: Une rivière peuplée de babouins. Bon, allez, ça va maintenant… Pourquoi pas des arbres bondés de perches du Nil tant que vous y êtes. Franchement, vos récits au début c’était sympa mais là, ça devient un peu Star trek n°52: vous ne craignez plus les invraisemblances.

    – « pistes trop étroites: un vrai sentiment de liberté. »: Et donc sur les pistes trop larges, vous souffrez de claustrophobie familiale?

    – « Conseil de famille, que faisons-nous ? Nous sommes tous un peu en manque d’aventure »: Ben oui, je me disais aussi que vous vous encroûtiez fameusement…

    Ca, c’était donc avant d’arriver au GROS morceau: votre trajet vers Petauké. Vous êtes vraiment complètement fendus du cerveau! Ce qui est hallucinant avec vos histoires, c’est qu’on les lit après coup et qu’on se dit « tout va bien, ils s’en sont sortis ». Puis la seconde d’après, on se dit: « Oui, mais alors, qu’est-ce qu’ils sont en train de vivre MAINTENANT, à cet instant même »… Quand je pense qu’on vous avait recommandé d’être sages…

    J’ai une idée sympa pour votre retour à la civilisation. Vous allez continuer à alimenter ce site après votre retour: les navettes de et vers l’école, le boulot, les BBQ de l’été, les courses au Colruyt… On ira voir régulièrement s’il y a des nouvelles, on commentera, on vous traitera de mabouls parce que vous aurez laissé une voiture 5′ devant la supérette sans fermer la porte à clé, on criera au fou parce que vous aurez laissé les enfants faire un salto arrière dans la piscine. Et surtout, dans la lignée du spectacle de Pie Tshibanda, on découvrira les aventures de « Sept fous blancs… au pays des blancs ».

    Bonne route… enfin, piste… chemin… sentier… selon ce que vous rencontrerez…

  7. Vous nous embarquez tous avec vos histoires… vous êtes surs que il n’y avait pas 15638 personnes à bord ? En tout cas, il y en a autant que ça qui ont vécu cette aventure.

    Soyez prudents et merci pour ces magnifiques nouvelles !!!!

    Patrick

  8. DINGUE! Il y a quelques minutes, il n’y avait pas d’article, je repasse et PAF! il y en a un! Ca c’est du live… Je lis tout ça et je re-re-passe 😉

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